Rencontre avec Ahmad Ashour : « La reconstruction commence par la capacité à recréer du sens »

27 Août 2026 | Articles presse

Originaire de Gaza, en Palestine, Ahmad Ashour est chercheur et acteur culturel. Son parcours s’inscrit à l’intersection de l’action culturelle, de l’éducation et de l’humanitaire en contexte de crise, avec un intérêt particulier pour le rôle des institutions culturelles dans des situations de destruction et de rupture.

Il a dirigé pendant plusieurs années le Tamer Institute for Community Education à Gaza, où il œuvrait au développement de la lecture, de l’éducation et de la vie culturelle auprès des enfants et des jeunes. Il a également exercé des fonctions de coordination au sein de l’organisation humanitaire française ACTED.  Accueilli en France grâce au programme PAUSE, il poursuit aujourd’hui ses recherches à l’Université de Tours, au sein du laboratoire INTRU, tout en suivant une formation à Sciences Po Grenoble en politiques culturelles.

En quoi vos travaux contribuent-ils à une forme de reconstruction ?

Mes recherches portent sur les dynamiques culturelles en contexte de guerre et d’après-guerre, avec un focus particulier sur Gaza. Je m’intéresse d’une part à la vie culturelle avant la guerre, notamment au rôle des bibliothèques, des centres culturels et des initiatives locales dans la formation des pratiques de lecture, de création et de pensée critique. D’autre part, je travaille sur les transformations actuelles de ces dynamiques, en étudiant à la fois la naissance d’un mouvement artistique gazaoui en Europe et la situation des personnes restées coincées à Gaza, confrontées à une forme d’exil intérieur.

En mobilisant les outils de la philosophie de l’après-guerre, j’analyse aussi les questions d’identité, de discours institutionnel ainsi que la manière dont les formes de censure émergent et se structurent, notamment dans le domaine de la littérature jeunesse.

Ces travaux participent à une reconstruction culturelle, intellectuelle et institutionnelle. Ils me permettent de proposer des outils d’analyse pour déconstruire les discours produits autour de Gaza et d’alimenter une réflexion sur les politiques culturelles, en m’inspirant d’expériences existantes, notamment en France, afin de penser, à long terme, la reconstruction d’institutions et d’espaces culturels.


Que signifie reconstruire, pour vous ?

Pour moi, la reconstruction commence par la capacité à recréer du sens après la rupture et à rétablir des liens. Dans ce processus, la culture joue un rôle essentiel : elle permet de maintenir une continuité tout en ouvrant de nouvelles pistes pour penser et créer.

Dans mon expérience, ce sont souvent des lieux simples comme les bibliothèques ou les espaces collectifs qui permettent de relancer ces dynamiques. Je pense que la reconstruction est à la fois un processus collectif et un engagement personnel.

À mon échelle, j’espère contribuer à la reconstruction d’une vie démocratique et culturelle à Gaza, grâce aux recherches, aux collaborations et aux échanges que je mène aujourd’hui. Selon moi, il est essentiel de continuer à parler de Gaza et de soutenir les artistes, les institutions et les communautés qui maintiennent cette vie culturelle. Car la reconstruction ne peut se faire sans attention, sans engagement et sans une réelle volonté de justice.

Programme PAUSE
Collège de France
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